
La cérémonie du thé peut être considérée comme l’expression la plus élevée du culte de l’instant présent au Japon. Sa pratique mène à la voie du thé qui apporte la paix de l’âme et la sérénité intérieure.
Dans la voie du thé sont réunis l’art, l’éthique, la philosophie et même la religion. L’objectif recherché est d’instaurer une harmonie entre lieu, invités, saisons et ustensiles pour atteindre la sérénité de l’âme.
« Fais un délicieux bol de Thé ; dispose le charbon de bois de façon à chauffer l’eau ;
Arrange les fleurs comme elles sont dans les champs ;
En été évoque la fraîcheur, en hiver, la chaleur ;
Devance en chaque chose le temps ; prépare-toi à la pluie ;
Aie pour tes invités tous les égards possibles. »
Je suis arrivée pour la première fois au Japon en novembre 1987, avec un groupe d’étudiants qui comme moi étaient venus passer 3 mois dans le cadre d’un programme d’études international. Je souhaitais avant tout profiter de ce programme pour « peaufiner » un diplôme de commerce international. Très rapidement séduite par le pays et ses habitants, je rencontrai alors mon futur mari et décidai de m’établir quelque temps au Japon, pour terminer mes études sur place, et mieux faire connaissance avec ce beau pays. Je devais y rester 15 ans….
Au bout de 10 ans de vie au Japon, je suis comme envoûtée par tant de richesse culturelle. J’ai envie de me fondre davantage dans cette culture, de côtoyer de plus près les secrets de l’esthétique japonaise, si dépouillée et si riche à la fois, de communier avec ce Japon ancien qui se livre parfois au détour d’une rue … Et c’est à ce moment-là de ma vie japonaise, que j’ai rencontré le Thé. La cérémonie du Thé s’est présentée à moi comme étant la meilleure façon de vivre toutes les choses qui m’interpellaient au Japon : Culte ancestral de l’esthétisme wabi-sabi, art des fleurs, voie de l’encens, calligraphie, respect de la nature, harmonie homme-nature. Une cérémonie de Thé dans un jardin un dimanche après-midi, et c’est le déclic. Dès le lundi, je pars en quête d’un professeur. Mes pas vont me mener, au
« hasard » de la promenade, devant la porte d’un vieux maître de thé qui accepte de me guider sur la voie du Thé… Chaque vendredi matin, je passe 3 h en sa compagnie à répéter chaque geste, à tendre vers la perfection, dans le respect des règles établies depuis plusieurs générations de maîtres de Thé…

… De retour en France quelques années plus tard, je me lie d’amitié avec un jeune céramiste spécialiste de bols à thé de style « raku » : Emmanuel Alexia . En 2004, dans le cadre de l’Exposition « Wabicha : les bols à thé japonais » au musée Georges Labit, nous mettons en place un cycle saisonnier de Cérémonies du Thé pour les Toulousains en quête de sérénité. Les cérémonies ont lieu au musée à chaque changement de saison, je reçois 2 ou 3 petits groupes de 5 personnes environ pour qui j’ effectue les gestes appris auprès de mon maître au Japon.
Au fil des ans, je multiplie les occasions de partager ces moments privilégiés avec de plus en plus de passionnés de thé et de culture japonaise .On peut également s’inscrire pour des cérémonies à la boutique de thé « Saveurs et Harmonie » rue de la Colombette, où je pratique 1 lundi par mois. J’ai aussi la chance de profiter une fois par an d’un très beau lieu à Toulouse : la salle d’exposition de la Galerie « Asia » rue Croix Baragnon. Que les personnes qui assistent à mes cérémonies viennent pour le thé, pour le Japon, pour une expérience culturelle ou par simple curiosité, chaque séance est l’occasion pour chacun de s’offrir un pur moment de sérénité.

Le thé, ou cha, fut apporté de Chine au Japon à la fin du XIIe siècle. La dégustation de ce breuvage fut d’abord réservée à la cour et aux élites guerrières avec un rituel inspiré des cérémonies bouddhiques. La consommation du thé se répandit, et la caste des marchands mit au point une nouvelle cérémonie empreinte des idées égalitaires et paisibles du bouddhisme zen: le wabi. Vers le XVe siècle, apparurent les premiers objets japonais destinés à ces cérémonies, dont les bols. Le potier Chojiro, fondateur de la dynastie Raku à la fin du XVIe siècle, inventa un nouveau type de bols. Ceux-ci, modelés et non tournés, sont intimement liés à la personnalité du potier ; les irrégularités en sont l’expression; les accidents de cuisson indiquent la participation de la matière à leur élaboration. C’est ainsi que ces bols, fortement chargé de l’inspiration du potier et de leur rite de fabrication, sont plus proches d’une oeuvre d’art que d’un ustensile. Quant à la cérémonie, elle constitua en premier lieu un moment de paix et de trêve dans une époque troublée par les conflits politiques et
armés. Elle évolua
à partir du XVIIe siècle vers un rite
réservé à l’élite sociale. La cérémonie du
thé et le Raku sont aujourd’hui encore
au coeur de l’identité traditionnelle
japonaise.
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