« Aux premiers jours de mai, les œufs s’ouvraient, libérant une larve qui, après trente jours d’alimentation forcenée à base de feuilles de mûrier,



travaillait à se réenfermer dans un cocon, pour s’en évader ensuite définitivement deux semaines plus tard en laissant derrière elle un patrimoine équivalent en fil à mille mètres de soie grège… »

(extrait de « Soie », Alessandro Baricco)





Kimono : 着物 en japonais signifie littéralement : « la chose que l’on porte sur soi ». Ce vêtement traditionnel japonais, connu du monde entier est à l’origine de la grande richesse des textiles présents au Japon.

On sait aujourd’hui que le kimono a influencé non seulement la construction des métiers à tisser mais aussi les motifs et la largeur du tissu lui-même. Un seul rouleau de tissu mesure environ 9m de long sur 30cm de large et cela suffit pour faire un kimono, que ce soit pour homme ou pour femme, peu importe la stature de la personne.

Le kimono féminin est porté ceinturé à la taille par une large bande de tissu de 4m de long appelée « Obi » .La largeur (60cm) est repliée en 2 et le obi est enroulé deux fois autour de la taille puis savamment noué dans le dos.

Au 19è siècle au Japon, pratiquement chaque foyer situé en dehors des villes était équipé d’au moins un métier à tisser en état de marche. Les jeunes femmes étaient instruites à l’art du tissage par leur mère, grand-mère ou belle-mère. Ainsi, les textiles tissés à la main faisaient partie du quotidien du Japon de l’époque et ce, jusqu’au milieu du 20è siècle. De ce fait on peut dire que le Japon est un pays de textiles.




Kyoto, fils de soie et navettes, une devanture d’un autre siècle…


Un métier à tisser à Kyoto Nishijin, musée de la soie



Echeveaux de soie colorée, musée de la soie à Kyoto Nishijin



On compte quatre fibres principales utilisées dans la fabrication des textiles japonais : le chanvre, le ramie, le coton, et la soie. Le chanvre et le ramie étaient les fibres principales jusqu’à la généralisation de la culture du coton au 18è siècle. Dans l’Est du Japon, ces 2 fibres étaient encore les plus utilisées jusqu’au début du 19è siècle. Le chanvre et le ramie sont très agréables à porter l’été mais peu recommandés pendant les mois d’hiver. Le ramie n’est pas très connu en occident, il s’agit d’une graminée assez commune des jardins.

Appelée aussi karamushi, elle est très envahissante, elle pousse à peu près partout. Le tissu en ramie ressemble à un chanvre très fin. Dans certains endroits reculés du nord du Japon, on tissait certaines fibres libériennes [D1] comme le mûrier à papier, des fibres d’écorces, ainsi que des glycines. Cependant ces fibres peuvent être irritantes sur la peau, froides et donc assez inconfortables comme vêtement.


[D1] Fibre végétale filable connue depuis l’antiquité. Est contenue dans l’écorce des souches de plusieurs plantes. Sa substance chimique est faite de cellulose, graisses, résines, cendres, pectine et d’autres hémicelluloses, lignine et de l’eau. Obtenue par friction, craquage et sérançage. La fibre libérienne la plus importante comprend la filature de lin , le Chanvre, le jute et les ramies. Remarquable par sa résistance, sa force et sa flexibilité.




La Soie—La reine des fibres




La soie a toujours été et continuera très certainement à être la reine des textiles. Pendant des siècles, elle était le pilier du commerce extérieur japonais, même lorsque le gouvernement du Shogun décida d’isoler le pays de pratiquement tout contact avec l’étranger.

La sériculture était très largement pratiquée à travers le pays, les fermes qui bénéficiaient de plus d’un étage convertissaient les combles en « pouponnière » pour la culture des vers à soie. Pendant les temps de paix et de prospérité de la période Edo (1600-1868), de belles pièces de soie ont été commandées par la classe de samouraïs et les riches marchands.








Tsumugi (Pongé)




On interdisait aux roturiers de porter de fines étoffes de soie. La seule soie qui leur était autorisée était un tissu réalisé en tournant le fil de soie de la même manière que le coton ou la laine. (les fils pour les soies très fines ne sont pas tournés mais sont tirés et filés depuis le cocon). Le tissu réalisé à partir de cette soie ressemblait donc au coton porté par les roturiers. Ce tissu est appelé « tsumugi », ou pongé. Très apprécié de Sen No Rikyu qui voyait dans ce tissu simple une émanation du wabi-sabi (impermanence, humilité, imperfection), le pongé est le tissu de soie le plus recherché aujourd’hui.










Fermes traditionnelles


Fermes traditionnelles dont l’étage supérieur , bien au chaud sous 1m de chaume, était consacré à l’élevage des vers à soie


L’intérieur des combles, et les claies où étaient disposés les cocons.




La demande continue pour la soie japonaise au Japon et à l’étranger permit de stimuler la créativité des tisserands. Des tissus unis, tels que le crêpe Chirimen, le sergé, les satins et les damassés[D2] furent fabriqués. Aux tissages multicolores élaborés, on préfère les textiles unis qui se prêtent plus facilement à une décoration opulente. Ainsi, la teinture en cuve, la peinture, la teinture shibori (techniques de teinture à motifs réservés utilisant le nouage, le pliage, la ligature et la couture.) la broderie, l’application de feuilles métalliques, la teinture en réserve à la pâte de riz ou au pochoir, furent utilisés pour créer des textiles d’une étonnante complexité et d’une grande beauté .

[D2] Tissu dans lequel fils de trame et fils de chaîne sont opposés pour former des dessins brillants contrastant avec un fond mat.





辻が花 Tsujigahana





L’Ikat japonais :



(kasuri) Cette technique combine le tissage et la teinture: le dessin est calculé sur la longueur du fil, le fil est soit noué soit réservé sur certains emplacements du dessin, puis teint et tissé. Le dessin apparaît lors du tissage mais avec les fils très légèrement décalés, d’où l’aspect un peu flou et les lignes douces du motif fini.








Le crêpe japonais :

(chirimen): On fabrique ce tissu avec une chaîne en fil grège non torsadé et une trame en fil fortement torsadé. La technique fut introduite au Japon au début de l’époque d’Edo par un tisserand Chinois qui vint s’établir à Sakai, près d’Osaka. Elle fut assimilée et pratiquée d’abord autour de Kyoto, en particulier par les tisserands établis dans le quartier Nishijin de la ville, puis se répandit vers le milieu de l’époque d’Edo, dans les régions de tissage du Kansai, notamment dans la province de Tango. Le climat (humidité, pluviosité) de la province de Tango assurant les meilleures conditions pour le moulinage, la fabrication du crêpe y constitue depuis toujours une importante source de revenus pour les fermes locales. Sous le nom de Tango Chirimen, les produits de la province sont réputés dans tout le pays.





La texture du crêpe Chirimen peut faire penser aux légères ondulations à la surface d’un lac. Et comme sur l’eau d’un lac, ombres et lumière jouent sur la surface du tissu, permettant aux couleurs d’exprimer des nuances infinies.







Tissage Nishijin (Nishijin Ori) :

Le nom de Nishijin (Nishi= Ouest ; jin= camp )a été donné à ces tissus à la suite de l’installation des tisserands dans le camp de l’Ouest de Kyoto pendant les onze années que dura la guerre Onin, de 1467 à 1477. L’histoire des textiles Nishijin eux-mêmes remonte cependant aux techniques de tissage développées avant l’époque Heian (794-1185), faisant de ces techniques un art véritable centré sur le monde culturel de la cour impériale de Kyoto.





Les textiles Nishijin sont des tissus dont les motifs sont tissés de fils teints sur mesure. Tissés en quantités relativement limitée, ils permettent d’obtenir des matières très diverses comme les tissus de tapisserie, les damassés, les brocards, le ikat, et le pongé.

Les tissus à motifs multicolores présentent une utilisation riche et incroyable de très beaux fils qui permettront de réaliser des kimonos, des obi et des tapisseries.







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